10/09/2026

Assurance IARD : les 6 tensions qui resserrent les enjeux autour de la relation client

Pour la plupart des assurés, le contrat souscrit reste une abstraction jusqu’au jour où survient un sinistre. Ce moment est celui où se joue, souvent définitivement, la fidélité de l’assuré dans un contexte où 6 tensions concomitantes rendent la qualité de la relation client plus déterminante que jamais. 

1. Un marché en croissance, mais sous tension technique  

En 2024, avec 75 milliards d’euros de cotisations, en progression de 6,3 % par rapport à 2023, le marché français de l’assurance IARD apparaît en bonne santé1. En 2025, les assureurs ayant reconstitué leurs marges après plusieurs années difficiles ont pu se montrer à nouveau agressifs sur les prix, avec des baisses significatives sur les risques bien maîtrisés. Pour les assurés, c’est une bonne nouvelle. Pour les opérateurs, c’est une pression supplémentaire sur des équilibres déjà fragiles. 

L’assurance automobile en est une bonne illustration. En 2024, le ratio combiné de cette branche avait atteint 100,3 % des primes, signifiant que les assureurs dépensaient plus en sinistres et frais qu’ils ne collectaient en cotisations2. Si le marché non-vie s’est globalement redressé en 2025, avec un ratio combiné à 98,2 %, la pression sur l’automobile reste soutenue : les prestations ont progressé de 10 % sur l’année, portées par une inflation persistante du coût des réparations3. Depuis 2020, ce coût moyen a augmenté de 39 %, soit 2,2 fois plus que l’inflation sur la période. Les véhicules récents y sont pour beaucoup : leurs capteurs, caméras et autres aides à la conduite sont des équipements dont le remplacement peut transformer un sinistre mineur en facture de plusieurs milliers d’euros.

2. La pression climatique : de l’exception à la règle 

En 2025, le coût total des événements naturels a atteint 5,2 milliards d’euros en France, dont 2,2 milliards pour la seule grêle, faisant de 2025 la deuxième année la plus coûteuse depuis le début des mesures en 19844. Les tempêtes Nils et Pedro ont causé 1,1 milliard de dommages supplémentaires dès le début 2026. Depuis le 1er janvier 2025, la surprime Catastrophe Naturelle est passée de 12 % à 20 % pour les contrats dommages aux biens, et de 6 % à 9 % sur les contrats automobiles. 

Les projections à long terme sont préoccupantes. La Caisse Centrale de Réassurance estime que la sinistralité liée au changement climatique pourrait augmenter de 27 % à 62 % à l’horizon 20505. Pour la première fois en 2025, le dérèglement climatique arrive en tête des risques identifiés par France Assureurs dans sa cartographie prospective, ex-æquo avec les cyberattaques. 

L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des risques climatiques questionne inévitablement les modèles assurantiels existants et le principe même de l’assurabilité. Sur le plan opérationnel, l’imprévisibilité de ces risques – en fréquence comme en nombre de personnes impactées – rend les dispositifs habituels de gestion des sinistres inopérants. Les assureurs savent gérer les pics saisonniers prévisibles, mais comment faire face à l’afflux des demandes engendré par des inondations à répétition et de grande ampleur ou la multiplication des tempêtes côtières ? Comment accompagner du jour au lendemain des dizaines de milliers d’assurés en détresse ? À ce moment-là, l’assuré sinistré qui n’arrive pas à joindre son assureur ne raisonne pas en termes de « pic exceptionnel ». Il retient que son assureur n’était pas là. Et il s’en souviendra.

3. La fraude : un coût que tout le monde paie

En 2025, l’Agence de lutte contre la fraude à l’assurance (ALFA) a identifié 946,3 millions d’euros de fraude, en hausse de 4,9 % sur un an, dont 627 millions pour la seule branche IARD6. Et ce chiffre ne représente que la fraude détectée : selon l’agence, le montant total, fraude non détectée comprise, s’élèverait à 2,5 milliards d’euros. Ce coût, tous les assurés le supportent collectivement à travers leurs cotisations. 

La réponse naturelle est de renforcer les contrôles. C’est ce que font toutes les compagnies pour préserver leurs intérêts et se conformer à la réglementation. Mais un dispositif de vérification mal conçu ou mal géré peut engendrer des frictions, notamment à la souscription, en donnant au client le sentiment d’être traité comme un suspect. Valider des centaines de milliers de pièces justificatives avec une exigence de conformité de 100 % est un problème industriel. Il ne se résout pas en faisant peser sur les clients honnêtes les soupçons qui visent les fraudeurs, mais en mobilisant les dernières technologies de reconnaissance visuelle et d’authentification, ainsi que des agents à même d’expliquer à quoi servent les informations et documents demandés et la manière dont les données sont sécurisées. 

4. Des clients plus exigeants et plus difficiles à fidéliser  

Entrée en application fin 2025, la recommandation révisée de l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) étend le devoir de conseil, jusque-là exercé au moment de la souscription, à la durée de vie des contrats non-vie7. En imposant aux assureurs de mieux justifier leurs recommandations et mieux accompagner les clients, elle pointe clairement les enjeux de fidélisation auxquels sont confrontées les compagnies. 

De fait, les comparateurs en ligne ont banalisé la mise en concurrence des offres et des dispositions comme celles de la loi Hamon de 20148 ont grandement simplifié la résiliation des contrats. Ces facilités favorisent la mobilité des assurés à des moments clés bien identifiés : après un sinistre mal géré, une indemnisation décevante, ou une hausse de prime jugée excessive à la réception de l’échéancier annuel. On sait que la plupart des assurés souscrivent sans vraiment lire leur contrat et n’ont de contact avec leur assureur auto ou habitation qu’en cas de sinistre. C’est là qu’ils découvrent les fameuses « petites lignes » — les franchises, les exclusions — et les réalités des processus de déclaration et de gestion de sinistre. C’est fondamentalement là que se joue, souvent définitivement, l’opinion qu’ils ont de leur assureur et la décision d’en changer. 

L’habitude des services digitaux — livraison en quelques heures, réponse instantanée, traitement en temps réel — a déplacé les attentes des assurés vers des standards que les organisations traditionnelles peinent à tenir. Obtenir une réponse en quelques jours était acceptable hier, ça ne l’est plus aujourd’hui – ce qui plaide en faveur d’un renforcement significatif des moyens techniques et humains dévolus à la relation client – du devoir de conseil à l’enquête de satisfaction post sinistre, en passant par les procédures KYC et contacts aux dates anniversaires des contrats. 

5. La montée en puissance des néo-assurances  

Depuis quelques années, de nouveaux acteurs ont bousculé le marché de l’assurance IARD avec un modèle radicalement différent : aucun réseau d’agences à financer, aucun système legacy à faire évoluer, des parcours entièrement digitaux conçus dès l’origine pour des clients autonomes et connectés. Partant de zéro sur les plans technique et organisationnel, ces néo-assurances ont intégré d’emblée les technologies les plus récentes — IA incluse — dans leurs processus de souscription, de gestion de contrat et de traitement des sinistres. 

La disruption radicale attendue n’a pas eu lieu : ces acteurs découvrent à leur tour les contraintes de la gestion des sinistres complexes et les réalités du service aux clients en détresse. Ils travaillent à corriger leur image persistante — celle d’offres moins chères mais moins bien servies — en investissant dans la qualité de la relation client. Néanmoins les néo-assurances ont eu un effet positif sur les compagnies traditionnelles : elles les ont poussées à accélérer leur propre transformation numérique, à moderniser leurs parcours clients, à repenser en profondeur leurs outils de gestion – bref, à se moderniser pour se battre avec les mêmes armes. 

6. L’IA : entre promesses et réalité opérationnelle  

Comme dans tous les secteurs, l’IA générative et ses prolongements agentiques sont des enjeux majeurs pour le monde de l’assurance, redessinant les métiers, les systèmes d’information et les modèles de gouvernance9. Le déploiement de ces technologies se heurte cependant à deux obstacles récurrents : l’accès aux données, souvent bloqué par des systèmes legacy, et la difficulté à faire passer les projets du stade de l’expérimentation à celui de l’opérationnalisation. 

Les apports de l’IA sont d’ores et déjà considérables. Dans la gestion des sinistres, elle permet d’orienter automatiquement l’assuré vers le processus le plus adapté à son cas (indemnisation directe, réparation en nature, expertise physique), avec une réduction drastique des délais de traitement et des coûts de gestion. Les voicebots permettent de pré-qualifier un sinistre en dehors des heures d’ouverture : l’assuré qui appelle un samedi matin n’entend plus un simple répondeur, mais peut déposer ses éléments et savoir qu’un conseiller reprendra contact dès le lundi. Dans le pilotage de la qualité, l’IA permet d’analyser une proportion bien plus importante des interactions clients, d’identifier les irritants récurrents et de cibler les besoins de formation et d’accompagnement des conseillers. 

Les domaines d’application de l’IA ne cessent de s’étendre, mais la technologie ne résout pas tout. Même équipée des meilleurs outils, une organisation de relation client défaillante ou mal dimensionnée restera défaillante et mal dimensionnée. En matière de relation client, l’IA ne fait la différence qu’au service d’organisations, d’équipes et de processus repensés dans une même finalité : le service rendu au client, à toutes les étapes de la vie de son contrat. 

Ce que tout cela implique 

Ces six tensions pointent dans la même direction : chaque moment du cycle de vie de l’assuré — souscription, vie du contrat, déclaration de sinistre, indemnisation, clôture — est une occasion de renforcer la confiance du client ou, au contraire, de la détruire. Dans ce contexte, continuer à voir la relation client comme un centre de coût à optimiser, c’est persister dans ce que le marché sanctionne et sanctionnera de plus en plus sévèrement. 

Nous verrons dans les articles suivants comment l’investissement éclairé dans la relation client peut transformer en atout trois des moments les plus critiques pour le client comme pour l’assureur : la gestion des sinistres, le KYC et la conformité, la gestion des pics d’activité, sans sacrifier la qualité de service. 

Tersea accompagne les assureurs et courtiers dans la conception et le pilotage de leur relation client externalisée, avec une expertise spécifique sur les métiers de la branche IARD. 

Sources 

1 France Assureurs, Rapport annuel 2024 — franceassureurs.fr 

2 France Assureurs, L’assurance automobile des particuliers en 2024 — franceassureurs.fr 

3 ACPR, La situation des assureurs en France fin 2025, n° 181 — acpr.banque-france.fr 

4 France Assureurs, Bilan des catastrophes naturelles 2025, mars 2026 — franceassureurs.fr 

5 Caisse Centrale de Réassurance / Rapport Langreney-Le Cozannet, Mission gouvernementale sur l’assurance climatique — ecologie.gouv.fr 

6 ALFA, Rapport annuel sur la fraude à l’assurance 2025, publié juillet 2026 — alfa.asso.fr 

7 ACPR, Recommandation sur le devoir de conseil en assurance non-vie, entrée en application fin 2025 — acpr.banque-france.fr 

8 Loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation (loi Hamon) — legifrance.gouv.f

9 ANTENIA / Innovation Assurance, État du marché IARD 2026   

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